DRIVE-AWAY DOLLS de Ethan Coen [Critique Ciné]
Ethan Coen s’offre une escapade en solo avec le délirant road-movie lesbien Drive-Away Dolls.
En burn-out après avoir réalisé bien des classiques en trente ans de carrière tels que Fargo, The Big Lebowski ou Barton Fink, les frères Ethan et Joel Coen avaient presque envie de jeter l’éponge après leur dernier film La Ballade De Buster Scruggs dont la gestation a été compliquée. C’est le confinement qui a finalement incité Ethan Coen à reprendre du service en exhumant Drive-Away Dolls. Un projet qu’il avait en tête depuis plus de vingt ans qu’il a fini d’écrire avec son épouse Tricia Cooke durant cette période et qu’il réalise pour la première fois sans son frère.
Nous serons étonné de voir le très occupé Pedro Pascal ouvrir Drive-Away Dolls. Ce ne sera cependant que pour une très courte durée puisque son personnage se fera rapidement zigouiller par une bande de malfrats qui voulaient s’emparer de sa mallette. Une introduction à la limite du cartoonesque dans le jeu très exagéré de ses personnages haut en couleurs qui semblent être sortis tout droit d’un roman graphique.
Passé cette introduction pour le moins délirante, nous ferons connaissance des véritables héroïnes de Drive-Away Dolls. Il y a tout d’abord Jamie, interprétée par Margaret Qualley, que nous découvrirons en train de prendre du bon temps avec une amie sans se soucier de sa réelle copine. Mais quand celle ci va la chasser de leur appartement, elle n’aura rien de mieux à faire que d’accompagner son amie Marian, jouée par Geraldine Viswanathan qui compte rendre visite à sa grand mère à Tallahassee. Une destination tellement peu prisée que le loueur de voitures les confondra avec les hommes de main chargés de transporter le véhicule cachant la mystérieuse mallette jusqu’en Floride.
C’est sans le savoir qu’elles se retrouveront avec deux gangsters aux trousses pendant leur road-trip. En toute innocence, la principale préoccupation de la délurée Jamie sera de réussir à décoincer Marian qui n’a pas eu l’occasion de s’envoyer en l’air depuis de nombreuses années. Nous les suivrons donc à travers les différentes étapes de leur voyage ponctuées de rencontres diverses et variées dans des clubs lesbiens bien plus dans l’air du temps que si le film était sorti comme prévu il y a vingt ans.
Derrière ce scénario qui sent clairement le réchauffé, ce sont surtout ses dialogues très amusants et sa galerie de personnages assez déjantés qui apporteront de l’intérêt à Drive-Away Dolls. Nous reconnaitront bien la patte des Frères Coen dans cette histoire qui semble se dérouler dans le même univers que The Big Lebowski ou Burn After Reading. Nous ne pourrons cependant pas nous empêcher d’être un peu déçu par cette impression de voir Ethan Coen utiliser les mêmes recettes qui ont fait son succès sans chercher à y apporter un peu d’originalité. Cette histoire très conventionnelle de mule involontaire qui rappelle bien d’autres films, aurait méritée d’être un peu plus creusée. D’autant plus que son dénouement tourne réellement au grand n’importe quoi et paraîtra clairement bâclé.
Entre le pulp et le roman graphique, la réalisation de Drive-Away Dolls étonne par ses interludes psychédéliques dans lesquels apparaissent régulièrement Miley Cyrus en cow-girl. L’influence de Quentin Tarantino est flagrante dans ce duo de gangster à la poursuite de nos héroïnes digne de John Travolta et Samuel L. Jackson ou même dans l’utilisation du célèbre « Trunk Shot » le fameux plan filmé depuis le coffre arrière d’une voiture que nous retrouvons dans chacun des ses films. Même le choix de Margaret Qualley renvoi directement à Once Upon A Time… In Hollywood où elle brillait déjà en adepte de Charles Manson qui allumait Brad Pitt. Elle est ici une nouvelle fois bien plus épatante que sa partenaire Geraldine Viswanathan dont le personnage est trop coincé pour la rendre attachante.
Drive-Away Dolls donne vraiment l’impression d’être le long métrage d’un artiste à court d’imagination dont les chefs d’œuvres sont loin derrière mais qui persiste pourtant à réaliser des films tentant d’y ressembler sans y parvenir. Si nous passerons un moment bien sympathique devant ce road-movie totalement délirant, il ne marquera certainement pas longtemps les mémoires.
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