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PAUVRES CRÉATURES de Yórgos Lánthimos [Critique Ciné]

Pauvres Créatures

Yórgos Lánthimos offre le rôle de sa vie à Emma Stone dans l’étrange et remarquable Pauvres Créatures.

Fort des récompenses déjà reçues pour son précèdent film La Favorite, le réalisateur Yórgos Lánthimos bénéficie pour son nouveau long métrage Pauvres Créatures d’une promotion rarement vue pour ce genre de production. Une intensive campagne publicitaire d’affichage et de spots tv digne des plus gros blockbusters qui va certainement attirer les spectateurs les plus curieux des spectateurs grâce au retour d’Emma Stone dans le rôle principaux sans oublier le Lion d’Or reçu à la Mostra De Venise et déjà deux Golden Globes du Meilleur Film  de comédie et de la Meilleur Actrice. Mais ceux qui ne sont pas familiers des œuvres du réalisateur risquent bien d’être très surpris par ce qui les attend.

À vrai dire même si vous avez déjà tout vu de Yórgos Lánthimos, il est impossible de savoir à l’avance ce qu’il peut bien nous réserver à chaque fois. Si avec La Favorite, il signait son film le plus académique récompensé à juste titre, le cinéaste  revient cette fois-ci à une histoire plus étrange digne de The Lobster et Mise À Mort Du Cerf Sacré en adaptant le roman de Alasdair Gray qui semble s’inspirer du Frankenstein de Mary Shelley pour nous offrir son pendant féminin et féministe.

Pauvres Créatures

La Pauvre Créature du titre c’est Bella Baxter, une intrigante jeune femme qui semble avoir le cerveau d’un bébé. Elle est le fruit des expérimentations de Godwin Baxter surnommé « God » (dieu). Un étrange scientifique dont le visage est marqué de fortes cicatrices comme s’il avait du être entièrement reconstitué. Agissant avec elle comme un père, il l’a garde précieusement enfermé chez lui. Mais Bella a une folle envie de découvrir le monde et ne tardera pas a exprimer ses envies d’émancipation et d’aventures.

Ce que nous a bien caché Disney qui est le distributeur derrière cette production 20th Century Studio,  c’est l’aspect très érotique de Pauvres Créatures que nous pouvions prendre à la base pour un simple conte initiatique fantastique. En se développant, Bella ne tardera pas en effet à découvrir le plaisir que peut procurer la masturbation. Promise au jeune étudiant en médecine Max McCandles engagé pour surveiller son évolution, elle se laissera cependant séduire par le beau parleur Duncan Wedderburn qui va lui faire découvrir le véritable plaisir des relations charnelles.

Pauvres Créatures

Ensemble ils partiront à l’aventure dans un voyage à travers le monde qui permettra à Bella de se forger le caractère et se rebeller contre un patriarcat qui ne cherche qu’à l’enfermer et la faire taire. Loin de s’embarrasser des codes de la société que l’on cherche à lui enseigner, Bella est une femme libre et sans aucun tabou qui fait ce qu’elle veut de son corps et de son esprit. Bien partie pour être récompensée dans toutes les cérémonies de ce début d’année, Emma Stone étonne dans ce rôle de jeune femme qui passera d’un esprit de bébé à la mobilité réduite à celui d’une femme forte et maitresse de son destin. Un rôle pour lequel l’actrice ose étonnamment tout pour coller à son personnage sans complexes jusqu’à nous dévoiler l’entièreté de ses charmes sous les moindres coutures.

Le reste de la distribution se montrera également à la hauteur avec tout d’abord un William Dafoe à la fois touchant mais inquiétant dans le rôle de savant fou paternaliste à la gueule cassée. Il y a aussi  Mark Ruffalo tel que nous ne l’avions jamais vu en charmeur de pacotille. Connu par sa propre série, Ramy Youssef joue l’assistant du scientifique souvent trés amusant. Nous aurons aussi la surprise de retrouver Margaret Qualley dans un petit rôle de nouvelle expérimentation. Il y a aussi une galerie de personnages haut en couleurs parfaitement choisis pour donner cette ambiance si particulière au film.

Pauvres Créatures

Débutant quasiment intégralement en noir et blanc dans sa première partie avant de passer réellement à la couleur au moment où Bella partira en voyage, Pauvres Créatures impressionne par la qualité de sa mise en scène. Fidèle à ce que nous connaissons de lui, Yórgos Lánthimos n’hésite pas à jouer des focales avec cet effet fish eye qui reviendra régulièrement, Les magnifiques décors ressemblent souvent à de véritables tableaux dans un univers proche de Dali avec l’influence des œuvres de Gaudi dans l’architecture des lieux. Les costumes et maquillages sont tout aussi remarquables par le soin qui leur a été apporté. De quoi rafler tous les Oscar dans ces catégories. Le tout baigne dans une musique souvent dissonante qui ajoute de la bizarrerie à ce récit déjà bien étrange.

Disney peut mettre tout l’argent qu’ils souhaitent dans la promotion de Pauvres Créatures, cela n’empêchera pas qu’il s’agit d’un film de Yórgos Lánthimos toujours aussi étrange que particulier et non pas une simple fantaisie à la Wonka. Prenant parfois des allures théâtrales, les dialogues ne sont volontairement pas toujours évident à comprendre. De même, l’intrigue se montre elle aussi plus complexe que ce que les bandes annonces matraquées veulent nous laisser croire. De quoi perdre les spectateurs à la recherche d’un simple divertissement mais de quoi réjouir les fans du cinéaste qui signe certainement ici son meilleur film.

Pauvres Créatures

Féministe sans trop en faire, Pauvres Créatures est une véritable réussite portée par une Emma Stone comme nous n’avons jamais eu l’occasion de la voir. Un rôle en or qui marquera sa carrière dans un long métrage esthétiquement très réussi où Yórgos Lánthimos peut se donner à cœur joie pour exprimer sa folie. Un film drôle, émouvant, visuellement magnifique et étonnamment érotique qui deviendra sans nul doute un futur grand classique du cinéma.

MON AVIS :
5/5

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